Charles Robichaud dit Cadet

Charles Robichaud dit Cadet

L’ainé de quatre garçons, Charles naquit à Port-Royal vers 1667, comme en fait foi le recensement de 1686. Lui et ses descendants étaient surnommés « Cadets » pour les distinguer des Prudents et des « Nigannes » (François), tellement qu’au recensement de 1714, il est inscrit du nom de Charles Cadet.

En 1686, il épousa Marie Thibodeau, qui mourut en 1700 lui laissant dix enfants: Isabel, René, Charles, Antoine, Augustin,Jean, Alexandre, Joseph, Françoise, Jacques.

Au mois d’août 1695 (vieux style) : Charles Robichaud prête le serment de fidélité au roi d’Angleterre à Port-Royal ; il fait sa marque.

Le 9 juin 1703, il épouse en secondes noces Marie Bourg, veuve de Jean Dubois, de Port-Royal, en présence de ses frères, Prudent, Alexandre et François. De ce second mariage naquirent huit enfants: Joseph, Marie Madeleine, Pierre dit Cadet, Charles, Marie, Claire, Cécile et Marguerite dit cadet. La coutume de nommer deux enfants du même nom dans la même famille était assez répandue chez les Acadiens. Le généalogiste Placide Gaudet en a relevé plusieurs dont l’authenticité ne fait aucun doute. Dans le cas des frères Joseph, les registres de Port-Royal permettent de les identifier avec certitudes.

Charles connut très tôt les déplacements. Sa terre et sa maison, située sur l’emplacement de l’actuel « Fort Anne » à Annapolis, furent expropriées pour l’extension du fort, comme en témoigne le rapport de l’arpenteur, le Sieur de Labat, en date du 2 décembre 1705. Il possédait à ce moment une pièce de terre sur la rue Saint-Antoine et une maison de 30 pieds de long et 22 de large sises sur ladite rue. Cet emplacement était parmi les « terres et maisons hors du fort à mettre en esplanade ». Le recensement de 1700 nous révèle que Charles y possédait un modeste Cheptel, composé de 12 bêtes à cornes et 14 brebis, sur ses 16 arpents de terre.

Il déménagea alors avec sa famille et s’installa sur une terre au Cap de Port-Royal, un petit promontoire à l’intérieur des terres, à peu près un demi-mille du fort, bien indiqué sur les cartes de Saccardy, fils (1690), et Paquin (1708). Malheureusement, le fort n’apportait pas la sécurité nécessaire contre les raids des colons de la Nouvelle-Angleterre. Après l’attaque manquée du colonel Church en 1704, une nouvelle attaque le 6 juin 1707 échoue également, mais non sans avoir causé beaucoup de dégâts. Les magasins, la chapelle et de nombreuses maisons du Cap, dont celles de Charles et de ses frères, furent incendiés.

Se remettant à l’œuvre, il rebâtit sa maison, bien décidé à demeurer au Cap malgré la reddition de Port-Royal aux Anglais en 1710. Cependant Charles avait conservé une terre à Port-Royal qu’il décida de vendre le 30 mars 1712. La description en est faite lors de l’acte de vente de cette terre au marchand bourgeois John Adams de Port-Royal. Cet acte est dressé devant trois témoins par Prudent Robichaud et signé de la main de Marie Bourg alors que Charles Robichaud fait sa marque. En voici la description : « Le morceau de terre haute, mesurant 60 pieds de profondeur, est situé le long de la grève de la rue Dauphin en allant du côté de la rue Saint-Antoine et entre les bornes de Pontiff et celles de Gourdeau. Le vendeur a reçu la somme de 300 livres en argent comptant, avant d’avoir fait ce contrat. Certifié devant Sam Vetch ».

Le 16 septembre 1713 John Adams et son épouse Hannah, de Boston, mais résidant à Annapolis Royal, vendent à Charles Hobby, également de Boston, pour la somme de 25 livres en argent de la Nouvelle-Angleterre, une terre et une maison situées à Annapolis, que Adams avait achetée de Charles Robichaud, soit ta terre décrite plus haut. Le même jour Hobby achetait aussi de John Adams une maison également le long du chemin Dauphin, ainsi que la terre de l’église, 45 pieds sur 45 pieds, qui appartenait au Père Justinien.

En août 1714, La Ronde Denys de Pensens, préparant une liste des chefs de famille demeurant aux environs d’Annapolis Royal, l’ancien Port-Royal renommé ainsi par les Anglais en 1713, y inscrivirent parmi les habitants du Cap « Charlot Cadet et sa femme », parents de 8 garçons et 2 filles. Il y était encore en 1718 alors que naquit sa fille Marguerite.

Cependant, le séjour à Annapolis devenait de plus en plus désagréable. Comme tant d’autres, Charles avait les yeux sur les terres fertiles des Mines et Cobeguit, loin des tracas de l’administration anglais et près de Louisbourg, où les Acadiens pouvaient vendre leur bétail. Cobequit surtout offrait l’avantage de communications faciles avec la mer et avec l’Ile Saint-Jean (Î.-P.-É.). C’est là qu’on retrouve Charles dès 1720.

Le Cobequit d’alors n’était pas un village comme nous l’entendons aujourd’hui, mais un territoire assez vaste comprenant tout le fond du bassin des Mines. En effet, tout autour de l’actuelle baie Cobequit, les Acadiens s’étaient installés par petits groupes de trois ou quatre familles. Tout le long de cette baie, des petites rivières viennent se déverser et leur embouchure donne sur des prés et des terres très fertiles. Chaque groupe de familles s’établissait sur un terrain plus élevé de l’embouchure de ces rivières.

On pouvait ainsi endiguer les prés, en retirer une bonne récolte de foin de pré et profiter en même temps d’excellents pâturages pour les bestiaux. Les troupeaux constituaient alors une source importante de revenus pour les Acadiens de cette région. Conduits par le « chemin des émigrants » jusqu’à Tatamagouche, puis transportés par bateaux, ces bestiaux étaient vendus à Louisbourg pour l’approvisionnement des troupes françaises.

Cobeguit comportait encore un excellent avantage du point de vue sécurité, la Baie étant difficilement navigable par de gros navires. De plus, en cas d’alerte, les Acadiens, sûrs de la protection des sauvages, pouvaient facilement remonter les rivières pour se mettre hors d’atteinte des agresseurs. C’est ce qui explique que la majorité des Acadiens de Cobeguit échappèrent à la dispersion en 1755. Leurs villages, disséminés le long de la baie, étaient reliés d’abord par un sentier, puis par une route carrossable qui devint l’actuelle route Parrsboro-Truro.

Dans ce grand Cobeguit, Charles avait choisi de l’installer près de l’embouchure de l’actuelle « Great Village River ». Le site est aujourd’hui connu sous le nom de Great Village, Nouvelle-Écosse. Il y a une quarantaine d’années, l’on y voyait encore les traces des jardins acadiens ainsi que des briques provenant d’anciens fours. Ce village n’abritait que trois ou quatre familles, Charles et quelques-uns de ses enfants. Il portait d’ailleurs le nom assez significatif de « Village des Cadets », du nom de Charles dit cadet.

Le 12 avril 1721, le gouverneur Richard Philipps accuse réception par Charles Robichaud d’une lettre des habitants de Cobequit, l’assurant que les Acadiens n’avaient pas incité les Indiens à piller le bateau d’un dénommé Alden. Il se dit content de savoir qu’ils n’ont pas participé au pillage du bateau et assure que s’ils se comportent bien, ils obtiendront ses faveurs. Par la même occasion, il accède à la demande de Charles Robichaud, qui était l’unique député, qu’on lui en adjoigne trois autres. Les habitants en feront le choix qui devra être approuvé par lui. Mais un seul député se rendra à Annapolis Royal et ce sont les habitants qui paieront ses dépenses de voyage.

Mais il n’y avait pas que les Acadiens qui étaient méfiants des astuces de la garnison anglaise d’Annapolis. Les sauvages aussi étaient très méfiants. Charles était tout à fait à l’aise avec la langue des sauvages et il était parfois chargé par le gouverneur d’intervenir pour leur communiquer des messages. Lors de la réunion du conseil d’Annapolis tenue le 23 juin 1726 sous la présidence du lieutenant-gouverneur John Doucett, dans la résidence de John Adams, le lieutenant-gouverneur note l’arrivée de “Charles Robichau député de Cobaquit” qui lui apprend que Charles a communiqué aux sauvages la lettre qu’il lui avait confiée et leur avait donné les explications nécessaires, Ils devaient se rassembler aux Mines, mais peu avant son arrivée, un dénommé “Sheegau”, sauvage du “Cap Sable” les a dispersés en leur disant que le lieutenant-gouverneur ne ratifierait pas les articles de paix à moins que tous les chefs des différentes tribus soient présents. Ils décidèrent donc d’attendre pour voir ce qui allait se passer.

Charles mourut avant sa deuxième femme Marie Bourg. En fait, il était décédé lors du mariage de leur fille Marie qui à 25 ans épousa à Saint-Charles des Mines le 18 mai 1737 devant Charles de la Goudalie, grand vicaire de l’Acadie, Pierre Arostey, 24 ans, du diocèse de Bayonne, domicilié à la “Paroisse Saint-Pierre de Cobedie”, fils de François Arostey et Marie Lassalde. Les témoins étaient Jean et Joseph Robichaut, frères de l’épouse, et Jean Lebert et Ambroise Bourg.

Alexandre Robichaud et Joseph Robichaud font partie des exilés que nous rencontrons aux environs de St-MaIo. Lors du recensement de 1772, les deux hommes sont dits frères et Alexandre, l’aîné des deux, est âgé de quarante-cinq ans, donc né vers 1727. Or, en 1759, Alexandre et Joseph étaient arrivés à Saint-Malo dans le même contingent que Joseph Robichaud et Claire LeBlanc, François Robichaud et Agathe Turpin, Augustin Robichaud, Charles Robichaud (à Joseph et Madeleine Dupuis) et Pierre Robichaud (à Jean et Marie Léger). Tous ces Robichaud sont les fils ou les petits-fils de Charles Robichaud dit Cadet. Nous présumons qu’Alexandre et Joseph étaient également des petits-fils de Charles, mais leur père ne semble pas avoir été parmi les fils de Charles avec lesquels ils sont arrivés en France. Il nous semble impossible qu’ils soient fils de Jean ou de Joseph Robichaud (mari de Madeleine Dupuis). Nous sommes donc amenés à croire qu’Alexandre et Joseph étaient issus d’un mariage qui n’a été documenté nulle part, d’un fils du premier mariage de Charles Robichaud dit cadet. Parmi les fils de celui-ci, notre attention est attirée par Alexandre, parce que nous croyons que c’est bien lui qui figure parmi les héritiers d’Abraham Bourg à Cobeguit en 1754. Nous concluons ainsi qu’Alexandre Robichaud, fils de Charles Robichaud et de Marie Thibodeau, a épousé une fille d’Abraham Bourg.