Étienne Robichaud

Mythes et réalité

Si l’on regarde sur les différents sites traitant de la généalogie des Robichaud, plusieurs affirment qu’Étienne Robichaud n’était pas le premier ancêtre de la famille, mais bien Louis Robichaud son père.

Selon Placide Gaudet, généalogiste acadien, Louis serait l’ancêtre de tous les Robichaud d’Acadie. Il serait né en France vers 1609. Selon Adrien Bergeron, Louis aurait marié à La Chaussée sa femme Marie, vers 1633. Vers 1642, ou peu après, il serait passé en Acadie avec sa femme, et deux enfants en bas âge, Charles et Estienne (Étienne). Certains renseignements provenant d’André Penot du Poitou, qui a fait des recherches sur les Acadiens, nous informent que la femme de Louis qui aurait pour prénom Marie aurait eu comme enfants Charles en 1637 et Étienne en 1639, et Martin et Perrine qui seraient restés à La Chaussée.

Lors de notre passage à La Chaussée en 1988, un généalogiste amateur, nous informe, que certaines familles devenues acadiennes, dont possiblement les Robichaud, étaient métayers au château de la Bonnetière à La Chaussée. Louis et Marie ont eu deux fils; Charles, né vers 1637, épouse une fille de Vincent Brun et n’aurait eu que des filles; Estienne, né vers 1640, épouse Françoise Boudrot. On présume que Louis prit une terre à Port-Royal et qu’il s’adonna à la culture. Il ne devait cependant pas vivre longtemps pour voir le résultat de ses travaux. Il est mort le 3 janvier 1649 lors d’un voyage à Québec. L’acte de décès rédigé en latin et conservé à l’archevêché de Québec se traduit comme suit; « Le 4 janvier 1649 a été inhumé dans le cimetière de Québec Louis Robichaux, décédé hier à l’Hôtel-Dieu à l’âge d’environ quarante ans ».

Le lien entre ce Louis Robichaux et Estienne Robichaud, recensé en 1671 à Port-Royal, est une hypothèse, voire une erreur, de Placide Gaudet qui a été soutenue par Bona Arsenault, initialement par Donat Robichaud et la plupart des autres généalogistes, jusqu’à il y a quelques années. Il est peu probable qu’il y ait un lien entre Louis et Estienne. Selon Régis Brun, «… en regardant de plus près l’acte de sépulture, on se rend compte, que le nom de famille est épelé Rebicher plutôt que Robichaud», Ivan Robichaud fait la même observation et note que selon le Répertoire des actes de baptême, sépulture et des recensements du Québec ancien, ce Louis Rebicher aurait eu 37 ans lorsqu’il a été inhumé le 4 janvier 1649. Le premier venu selon Régis Brun, serait Étienne vers 1660. Il y aura toujours un certain doute. Ivan Robichaud note «… qu’il y avait au XVIIIe siècle, à St-Chartes et à Marnes, à quelques kilomètres de La Chaussée, des Rébéchaud. Ce patronyme se trouve même dans les registres de La Chaussée du XVIIIe siècle. (Selon) des renseignements récents du Cercle généalogique Poitevin et d’Annie Boudairon (dont le père est Rébéchaud), il y aurait. (dans les registres de la Chaussée) un Estienne Rébécheau (il s’agit de la naissance, en 1664 de Jeanne et Renée Rébéchaud et en 1664 ( ?) de Denise Rébéchaud, fille d’Estienne et de Vincent Guiet.)»

Dans une publication récente, Ivan Robichaud indique: «Il faut oublier le mythe de Louis Robichaud, né vers 1609. (…) Stephen White, généalogiste au Centre d’études acadiennes (…) conclut qu’on ne peut faire de lien entre Louis Rebicher et Étienne Robichaud. Notre ancêtre commun serait donc Étienne Robichaud.» D’après Maurice Basque, il faut également reconnaître que l’existence de Charles est improbable. «Si la présence d’Étienne est attestée par le recensement de Port-Royal de 1671, il n’en va pas de même pour son présumé frère Charles. Ici encore, le généalogiste Placide Gaudet semble s’être permis une grande marge d’imagination. En effet, nul document historique connu ne mentionne un Charles Robichaud qui se serait fixé à Port-Royal en même temps qu’Étienne. Il ne reste donc à conclure qu’Étienne Robichaud fut le seul pionnier de ce patronyme en Acadie.

L’origine poitevine de la plupart des familles acadiennes est également contestée. Selon le docteur Claude Massé, président de Racines et rameaux français d’Acadie, de Bordeaux, « Les Robichaud, Belliveau et autres Poirier ne seraient pas l’exclusivité de la seigneurie d’Aulnay. » Jean-Marie Germe, de l’Association Falaise-Acadie-Québec, affirme que le Poitou n’est que « l’un des berceaux de l’Acadie au même titre que la Touraine, la Normandie, la Champagne… »

Quel aurait pu être le vécu de l’improbable Louis Robichaud pendant les sept ans, au maximum, où il a possiblement vécu en terre d’Amérique? «Léopold Lanctôt affirme que Louis Robichaud serait arrivé en 1632 à bord du Saint-Jehan. (…) Stephen White, généalogiste du Centre d’études acadiennes, rejette l’ouvrage de Lanctôt comme de la pure invention.» Trois autres bateaux sur lesquels il est possible que notre improbable ancêtre Louis et sa famille Robichaud aient pu faire la traversée sont : le St Elie ou La Vierge en 1642, ou le Grand Cardinal en 1644. Ces trois bateaux sont la propriété de (notre ancêtre) Emmanuel le Borgne, un marchand de La Rochelle, dont l’armateur est Charles de Menou d’Aulnay. Le St Elie (150 tonneaux) est parti de La Rochelle le 16 mai 1642. Dès le 25 septembre 1642, un deuxième bateau, La Vierge (120 tonneaux), laisse ce port pour arriver à Port-Royal le 5 décembre, en faisant escale, probablement auparavant, à La Hève. En 1644, un plus gros bateau, ayant une capacité de 200 tonneaux, Le Grand Cardinal, se rend à Port-Royal. Il y reste jusqu’en 1645 et participe au combat au fort Latour.

Rebicher et Rebecheau: fausses pistes

Denis Savard dans le journal web Acadie Nouvelle pour sa part écrit concernant Étienne Robichaud:

Dans les documents, on connaît peu la vie de l’ancêtre des Robichaud acadiens. Ces lacunes documentaires ont laissé place à l’imagination chez certains généalogistes par le passé.

D’abord, on a cru qu’Étienne était le fils de Louis Rebicher (le nom a été lu «Robichau» par erreur), enterré à Québec le 4 janvier 1649. À la suite des travaux de Geneviève Massignon, on a cru l’avoir trouvé à La Chaussé, fils de Louis et Marie Sauvage. Il suffit de regarder un peu plus loin dans les registres paroissiaux pour voir que cet Étienne Rebecheau n’a jamais quitté sa région. Il est toujours sur place à La Chaussé alors que l’Acadien est établi à Port-Royal.

Étienne Rebecheau est marié à Vincente Guiet. Ils ont une fille Denise baptisée le 17 avril 1668 à La Chaussé. Pendant ce temps, Étienne Robichaud et Françoise Boudrot ont deux enfants à Port-Royal: Charles (vers 1667) et Prudent (vers 1669). Il ne peut donc pas être à deux endroits au même moment. Une génération plus tard, Étienne Rebecheau est toujours présent à La Chaussé, au mariage de sa fille Denise avec Vincent Chempion le 6 février 1687. À cette date, Étienne Robichaud est mort et enterré à Port-Royal. Au recensement 1686, sa femme est déclarée veuve.

Étienne Rebecheau dit La Ville, pour sa part, est décédé à La Chaussé à l’âge de 86 ans le 25 février 1718.

La Plauderie

Malgré ces faits établis, un groupe français fait toujours la promotion du projet de «La maison Robichaud» en pays loudunais. Le domaine visé, La Plauderie, était une métairie en face du château de la Bonnetière. Louis Rebecheau aurait travaillé au château en tant que domestique. Des fonds importants (11 millions d’euros) ont été votés par la Conseil départemental de la Vienne – bonifiés la semaine dernière de 2 millions d’euros supplémentaires – pour L’Historial du Poitou, qui comprend l’espace dédié au «Berceau de l’Acadie en pays loudunais». La communauté des communes du Loudunais a pour sa part fait l’acquisition d’un terrain de la Plauderie pour une somme nominale (500 euros), mais le budget prévisionnel pour le mémorial et les sommes engrangées n’ont pas encore été dévoilées.

Le groupe cite des «archives privées» pour associer La Plauderie à la famille Rebecheau (qui n’est pas la famille acadienne), mais même là, il y a des doutes. Selon des documents trouvés par Jean-Marie Germe dans les archives publiques, un certain Claude Turquois habitait la maison en 1632. Il est cité lors d’un achat de terre par Mme de Jousserand, le 21 février 1632. Si ces «archives privées» existent, elles doivent être produites, sinon c’est trop facile d’inventer ce que l’on veut sous ce voile.

Les sommes englouties dans cette aventure auraient pu être mieux utilisées par les archives départementales pour numériser les fonds notariaux, par exemple, ce qui nous permettrait de fouiller notre histoire à distance. Comme vous avez remarqué depuis le début de cette chronique, on ignore toujours les origines de nombreuses familles, et il y a encore un travail titanesque à faire dans les archives françaises pour les découvrir.\n\nDans les faits, on ne connaît rien sur les origines de l’Acadien Étienne Robichaud, outre qu’elles sont sûrement françaises.

Pour terminer, voilà ce que l’on connaît d’Étienne Robichaud

Estienne (Étienne) Robichaud est né, probablement en France, vers 1640. En 1663, vers l’âge de 23 ans, il épouse à Port-Royal Françoise Boudrot, née en 1642, fille de Michel Boudrot, juge de paix et lieutenant-général à Port-Royal (en 1686), et de Michelle Aucoin;

Estienne et Françoise ont eu six enfants, quatre fils et deux filles: Madeleine, dite Cadet (vers 1664), épouse, vers 1682, Pierre Landry (René et Perrine Bourg). Ils sont à Beau-Bassin vers 1700. Elle est décédée à Port-Royal, enterrée le 8 juin 1710; Charles, dit Cadet (v1667), épouse, vers 1686, Marie Thibodeau (Pierre et Jeanne Terio) et en secondes noces, vers 1703, Marie Bourg (Jean et Marguerite Martin), veuve de Jean Dubois. Il est décédé avant le 18 mai 1737; Prudent (vers 1669), épouse vers 1691 Henriette Petitpas (Claude et Catherine Bugaret); il est décédé à l’été 1756; \n\nMarie (vers 1672), épouse avant 1689 Denis Petitot, dit Saint-Seine, chirurgien à Port-Royal; Alexandre (vers 1675), épouse à Port-Royal vers 1700 Anne Melanson (Charles et Marie Dugas), veuve de Jacques de Saint-Étienne de la Tour. Il est décédé à Port-Royal le 26 mars 1742, à environ 67 ans, et;

François, dit Niganne (v1677) épouse vers 1702 Madeleine Thériot (Claude et Marie Gautrot). Il est décédé à Port-Royal le 8 décembre 1747. L’on connaît peu de choses, de la vie d’Estienne. Retenons, ce que rapporte le père Laurent Molins, religieux cordelier, curé de Port-Royal, chargé de faire le recensement de Port-Royal en 1671 (le premier recensement en Acadie): «Laboureur: Estienne Robichaud ne ma pas voulu voir. Il a sorty de chez Luy et a dit a sa femme quel me dit qu’il ne me vouloit point donner la conte de ses bestiaux et terres…». Une preuve additionnelle que «la méfiance légendaire des Acadiens date de bien avant la Déportation»…! Même en France, dans leur pays d’origine, l’expression «une réponse de normands» c’est-à-dire une réponse évasive et sans compromis, faisait partie du vocabulaire courant.

Au prochain recensement, en 1678, Estienne est identifié comme ayant deux arpents de terre, moins que la moyenne de 5,7 Arpents de Port-Royal. Il avait dix bêtes à cornes, la moyenne du village; par contre, il ne possédait pas de fusil. Selon Maurice Basque, Étienne Robichaud ne se distingue pas de la majorité des pionniers de Port-Royal par son patrimoine foncier ou son cheptel. Cependant, ses enfants vont faire preuve d’un dynamisme beaucoup plus prononcé en matière économique et en matière de leadership. Étienne décéda à Port-Royal en 1686, à environ 48 ans. Le père Lanctôt nous donne les renseignements suivants, qu’il semble puiser d’un recensement de 1704: «Michelle Aucoin demeure avec sa fille Françoise et son petit-fils (1706). Françoise Boudrot (62 ans),… veuve d’Estienne Robichaud, a quatre filles et deux fils, dont François, tous mariés et établis à Port-Royal.» Étienne, par son mariage avec Françoise Boudrot, faisait son entrée dans une famille bien installée à Port-Royal. Son beau-père, Michel Boudrot, deviendra lieutenant général du roi, donc le responsable de l’administration de la justice.

Selon Maurice Basque, les enfants d’Estienne suivront l’exemple de leur père en faisant de bons mariages. Par leurs stratégies matrimoniales, ces Robichaud se retrouvaient maintenant parents ou alliés de familles économiquement influentes de Port-Royal, comme les Melanson et les Thibodeau, de familles seigneuriales, comme les Saint-Étienne de La Tour et les LeBorgne de Belleisle, et de familles proches des autorités coloniales, comme les De Goutin, les Petitot et les Petitpas. » Selon Jacques Vanderlinden, Françoise Boudrot, de par l’influence de son père et de ses frères et sœur, aurait eu un rôle déterminant dans le bon mariage de ses enfants. Selon Basque, ces stratégies matrimoniales des Robichaud continueront jusqu’au 20e siècle.

Trois des fils d’Estienne demeuraient sur le chemin du Cap (ou de l’Équille) à Port-Royal, actuellement Saint George Street, à Annapolis Royal. Prudent et François dit Niganne étaient voisins, tandis que Charles demeurait plus au sud. Alexandre s’établit au Village-des-Melanson (près de l’ancienne Habitation).

À la suite à l’incendie de sa maison par les Anglo-américains, le 6 juin 1707, Charles Robichaud, dit Cadet (l’aîné des fils), alla s’établir au Grand Cobequid, maintenant Great Village, près de Truro. Cette localité a également été connue, à l’époque où Charles et ses garçons y vivaient, sous le nom de Village-des-Cadets. Après la Dispersion, on retrouve de ses descendants en Louisiane, au Québec et en France. Son petit-fils Joseph, après avoir été à Saint-Malo en France avec ses parents, revient en Acadie et devient l’un des pionniers de Saint-Charles-de-Kent. Les frères de Joseph, Jean-Baptiste et Isidore, se sont établis à Shippagan et Inkerman dans la péninsule acadienne et comptent parmi les fondateurs de ces villages.

Prudent Robichaud, qui épousa la fille du notaire Claude Petitpas, était un marchand très prospère et bien vu chez les Acadiens. Il commerce avec les Anglais et les Indiens, dont il connaissait très bien la langue. Il possédait une bonne éducation et était l’un des leaders acadiens sous le régime anglais. Il a été nommé juge de paix, en 1729. En 1755, à l’âge de 86 ans, il est embarqué à bord du navire Pembroke pour être déporté en Caroline du Nord. Les Acadiens se saisirent du navire pendant la traversée et allèrent échouer dans le havre de la rivière Saint-Jean. Ils prirent ensuite la fuite vers Québec. Ils se sont possiblement arrêtés au « Nid d’Aigle », où étaient les neveux de Prudent (Pierre et François). C’est pendant ce périlleux voyage que mourut Prudent Robichaud.

Charles Melanson, fondateur du « Village-des-Melanson », est le fils du huguenot Pierre Laverdure qui épousa une Anglaise, Priscilla Melanson, en Angleterre, et émigra en Acadie durant le temps du gouverneur anglais Temple. Lorsque l’Acadie redevint française, deux fils, Charles et Pierre, restèrent en Acadie et prirent le nom de leur mère, Melanson. Des fouilles archéologiques entreprises aux étés 1984-85 ont donné lieu à une excellente publication, qui documente le vécu de ce Village-des-Melanson. Alexandre Robichaud, époux d’Anne Melanson, a été l’un des députés nommés pour discuter avec le nouveau gouvernement anglais en 1720.

Les Robichaux de la Louisiane sont, pour la plupart, descendants de Charles dit Cadet et Marie Thibodeau, et de Prudent et Henriette Petitpas.