François Robichaud dit Niganne

Sur les traces de mes ancêtres

Niganne


François, cadet de la famille, surnommé « Niganne » ou « Nighan », est né à Port — Royal en 1677. Il n’avait que neuf ans lorsque son père, Estienne, est mort. En 1702, il épouse Marie Madeleine Terriot, fille de Claude et de Marie Gautrot. En 1707, François est établi sur une terre de trois arpents où il possède un cheptel de 13 bêtes à cornes, 17 brebis et huit cochons.


Un « Village-des-Robichaud » est indiqué à l’ouest du Ruisseau-des-Allain. Il s’agit probablement de l’actuel Dugway Road, où se sont installés Prudent, ses fils et probablement quelques neveux. Il est intéressant de noter que les Acadiens s’installaient en clans familiaux et qu’il n’était pas rare de retrouver deux ou trois générations sous un même toit. Les cartes de l’époque montrant la disposition des bâtiments illustrent bien le regroupement des maisons par familles, en grappes. Ça diffère beaucoup des établissements linéaires actuels qui ont été « imposés » par les arpenteurs anglais.


Reprenons ce que Mgr Donat Robichaud nous dit au sujet de Nigannne.1
François, surnommé Niganne, naquit à Port-Royal en 1677. On l’y trouve âgé de 9 ans lors du recensement de 1686. En 1701, il épouse Marie-Madeleine Terriot. Il semble qu’ils ne s’établirent pas sur leur terre près du vieux fort. Ce lot, voisin de celui d’Abraham Dugas et de la Dame de Bellisle, donnait sur la rue et s’étendait jusqu’au fossé du vieux fort. Le rapport détaillé de Labat ne fait toutefois pas mention de maison sur ce lot.


En effet, le sieur de Labat, ingénieur ordinaire du roi et lieutenant dans les compagnies de la marine, dans un document signé le 2 décembre 1705, fait rapport au roi des terres à acquérir pour l’extension du vieux fort, ainsi que des maisons à démolir. Mais, alors que la maison de son frère Charles, sur le lot voisin, fut expropriée, de même que sa terre, il n’est pas mentionné de maison sur le lot de François. Les démarches pour négocier l’achat des terrains durèrent toute l’année 1705, puisque le rapport ne fut soumis qu’en décembre. Sans doute qu’à cette époque, le jeune époux avait cherché ailleurs un emplacement pour s’y loger.


Dès 1707, François est établi sur une terre de trois arpents, où il possède un cheptel de 13 bêtes à cornes, 17 brebis et 8 cochons. L’emplacement de sa maison et de sa terre est bien connu et figure sur des cartes de cette époque. Sa maison était la première du Cap de Port-Royal, à droite de l’unique route qui menait du fort au Cap. C’est l’actuelle Saint George Street. Sur chaque carte, le nom de François est donné comme « Nigan » et « Nighan » Robichaud. Son premier voisin du même côté était son frère Prudent, tandis que son voisin d’en face était le Sieur de Labat. Quant à son frère Charles, il était installé beaucoup plus loin, au-delà du petit monticule appelé « Lion Rampant » où était enterré le cœur du Sieur de Brouillant.


Cependant, l’attaque du fort par les Anglais le 6 juin 1707, quoiqu’infructueuse, fut quand même dévastatrice pour les habitants du Cap qui virent leurs habitations détruites. Les cartes indiquent clairement qu’à cette occasion, les maisons des Robichaud furent incendiées. Mais tous se remirent à l’œuvre et les rebâtirent. Quoiqu’absent lors de l’Assemblée de proclamation de l’avènement du roi Georges, en août 1714, François a sûrement toujours habité à Port-Royal. Il figure au recensement de cette même année comme habitant du Cap avec sa femme et ses cinq enfants. Il y est d’ailleurs le 22 janvier 1715, lors de la prestation du serment d’allégeance au nouveau souverain. À l’encontre de Prudent qui sait lire, écrire et calculer, François ne peut que « faire sa marque ».


Il est probable que François travaille pour le compte de son frère Prudent, marchand bien connu de l’endroit, dont les principaux revenus provenaient de l’approvisionnement de la garnison anglaise du fort. En effet, seul un Acadien pouvait obtenir des habitants les vivres, le bois de construction et de chauffage nécessaires à l’entretien des troupes.


Le 30 août 1731, un ordre du gouverneur Armstrong, dans sa première ordonnance alors qu’il venait de remplacer le gouverneur Richard Philipps, tout en annonçant son arrivée, avise qu’il veut acheter des habitants 200 quintaux de biscuits et 60 barriques de pois pour la garnison. Par la même proclamation, il commandait à François — toujours sous le nom de Niganne — de se rendre aux Mines pour y acheter des bêtes à cornes et des brebis et de les conduire à Annapolis. Ce trafic était devenu indispensable à la garnison anglaise et constituait aussi un important revenu pour les habitants.


Le 21 septembre 1731, une ordonnance du gouverneur Armstrong adressée aux Acadiens d’Annapolis spécifiait qu’elle devait être lue dans l’église « en présence de Nigan Robichaud ». On demandait des provisions pour la garnison et on reprochait aux habitants de n’avoir pas fini le chemin reliant Annapolis aux Mines.


Le 21 septembre 1731, une ordonnance du gouverneur Armstrong adressée aux Acadiens d’Annapolis spécifiait qu’elle devait être lue dans l’église « en présence de Nigan Robichaud ». On demandait des provisions pour la garnison et on reprochait aux habitants de n’avoir pas fini le chemin reliant Annapolis aux Mines.


Le 13 juillet 1733, un ordre du gouverneur Lawrence Armstrong le nommait gardien des troupeaux en pâturage : « Plusieurs plaintes des Acadiens, des Anglais d’Annapolis Royal, du cap Bellair et du ruisseau Fourchu parce que leurs troupeaux ont un pâturage commun et qu’il n’y a pas de gardiens de troupeaux. Francis Robichaud, dit Nigan, et Claude Melanson deviennent gardiens de troupeaux. On doit marquer les bestiaux et informer les gardiens lorsqu’on place des bestiaux dans le pâturage. On ne peut prendre aucun animal sans leur demander la permission, sous peine de payer le double de la valeur de l’animal pris. Si cela se produit, une moitié de la somme ira à l’informateur et l’autre aux pauvres. Ceux qui utilisent le pâturage doivent payer six pennies aux gardiens pour chaque vache ou bœuf et quatre pennies pour chaque mouton. Sera légal d’enquêter sur quelqu’un qui tue des bestiaux et de l’obliger à montrer la peau. » (Arch Halifax, RG 1, vol. 20, n72).


Le 11 décembre 1742, Mascarène donne avis à Nigan Robichaud, Pierre Gaudet, Nicolas Gauthier, Denis Saint-Seine et Guillaume Bourgeois de régler un conflit entre les voisins Prudent Robichaud et Charles Belliveau au sujet de la ligne de partage entre leurs terres, soulignant « qu’ils ont déjà agi comme arbitres dans ce cas, y retourner, essayer de trouver une solution au problème et faire rapport ». (Arch Halifax, RG 1, vol. 21, no. 42).


Le 15 juin 1746, René Blanchard déléguait avec procuration François Robichaud « avec pouvoir d’essayer de retirer la somme de 300 livres en argent blanc de la baie. Cette somme lui est due pour un prisonnier anglais qu’il a acheté des Indiens ». (Arch Halifax, RG 1).


Le 1er août 1747, un ordre de Paul Mascarène approuvait l’achat de la maison de Honoré Duon par François Robichaud : « Selon la coutume, le cas a été référé à des députés neutres qui ont fait rapport au Conseil. Robichaud est autorisé d’acheter la propriété à condition qu’il donne l’argent au Conseil puisque Duon a quitté la province ». (Arch Halifax RG1, vol 21., no 116).


François « Niganne » est mort à Port-Royal le 8 décembre 1747, à l’âge de 70 ans. François et Marie Madeleine ont eu neuf enfants, quatre fils et cinq filles :


1) François « l’aîné », né à Port-Royal en 1703. Décédé en 1729. Épouse à Port-Royal, le 24 février 1727, Angélique Pitre (Claude et Marie Comeau) qui, veuve, épouse en 1732, Michel Doucet (Charles et Huguette Guérin).


2) Marie Madeleine, née à Port-Royal le 26 octobre 1705, avec pour parrain le lieutenant de compagnie Sieur de Closneuf et pour marraine Mme Marie Robichaud Saint-Seine. Épouse à Port-Royal, le 6 novembre 1725, Joseph Doucet (Charles et Huguette Guérin). Décédée avant le 12 avril 1763.


3) Marguerite, née à Port-Royal le 1er octobre 1708. Son parrain est le Sieur de Goutin, lieutenant-général et sa marraine, Marguerite Landry. Épouse à Port-Royal, le 13 février 1730, Jean-Baptiste Richard (Alex et Elisabeth Petitpas), décédé en 1751. On la retrouve veuve en 1760 au Massachusetts, à Charleston, aujourd’hui un quartier de Boston, avec ses cinq enfants. Elle et ses enfants se fixeront vers 1774 à St- Jacques de l’Achigan. Elle y mourra le 4 octobre 1788, à 80 ans.


4) Anne, dite Niganne, épouse à Port-Royal, le 28 janvier 1732, Charles Dugas (Claude et Marguerite Bourg); décédée avant 1763.


5) Pierre, né à Port-Royal le 15 mars 1713, épouse à Port-Royal, le 16 janvier 1737, Marie Françoise LeBorgne de Bellesisle (Sieur Alexandre et Anastasie d’Abbadie de Saint-Castin); décédé à L’Islet, Québec, le 5 novembre 1784 ; inhumé dans l’église.


6) François « le jeune », né à Port-Royal le 6 septembre 1716, épouse le 7 janvier 1739 Marie LeBorgne de Belleisle (Sieur Alexandre et Anastasie d’Abbadie de Saint- Castin); décédé avant le 21 mai 1764.


7) Madeleine, née à Port-Royal le 4 janvier 1718, ondoyée par le Sr Denis Petitot, chirurgien.


8) Joseph, né à Port-Royal le 15 septembre 1721, décédé à Port-Royal le 12 janvier 1747, âgé d’environ 30 ans, et enterré le lendemain.


9) Louise, alias Lisette, née en juin 1724. Épouse à Louisboug, le 6 octobre 1742, Guillaume Ouinette (William Winniett), fils de William, marchand protestant de Port-Royal et de Madeleine Maisonnat, catholique, fille du fameux pirate Pierre, alias Baptiste Maisonnat et de sa seconde épouse Madeleine Bourg, sœur d’Alexandre Bourg, notaire à Grand-Pré. L’honorable William Winniett, le beau-père de Lisette, était membre du conseil d’Annapolis où il manifesta souvent de la sympathie pour les Acadiens au point de devenir suspect aux yeux de ses compatriotes. Il eut 13 enfants, dont John, qui épousa à Boston, en 1746, Elizabeth Winslow, nièce du colonel John Winslow. (Winslow s’empare le 18 juin 1755 du fort Gaspareaux et, le 11 août de cette même année fatidique, s’occupe de la Déportation des Acadiens du bassin des Mines.) Lisette devint veuve en 1747 et fut déportée à Boston en 1755 avec ses enfants, William David et Betty. Cette dernière, après avoir épousé à Boston, le 31 janvier 1769, Timothée Bourgeois devant Louis Robichaud et autres parents et amis, vint se fixer à Pointe-aux-Trembles, Québec. William David a été baptisé le 27février 1744, sans mention d’âge, par le curé Desenclaves et avait pour parrain et marraine Madeleine St Sceine et Charles Dugast.2


Références :
1. ROBICHAUD, Donat, Les Robichaud d’Amérique, op. cit. p. 724-726.
2. RUMILLY, l’Acadie Française et l’Acadie Anglaise, voir l’index pour Winniett ou Winslow. Extrait de ROBICHAUD, Armand, Des histoires de Robichaud, du Poitou à la mer Rouge, Éditions de la Francophonie, Moncton, 2002, p. 73-79. © 2015 Armand G. Robichaud. Créé avec Wix.com