Prudent Robichaud

Prudent père et Prudent fils

Si Étienne, le premier Robichaud arrivé en Acadie, est identifié comme laboureur en 1671, sa famille ne tarde pas à s’élever dans la société grâce aux relations de sa femme, Françoise Boudrot.

J’ouvre ici une parenthèse sur Françoise Boudrot fille de Michel Boudrot. Il est évident que le père de Françoise avait un certain prestige dans l’Acadie étant l’un des fondateurs de celle-ci. Voici quelques notes sur celui-ci :

« Michel Boudrot, né en 1601, peut-être de la paroisse de Notre-Dame-de-Cougnes, près de La Rochelle, en France. Le 20 juin 1632, deux voiliers, le SAINT-JEAN (de 250 tonneaux) et L’ESPÉRANCE-EN-DIEU partent de La Rochelle, en Aunis. Ils se dirigent vers le port d’Auray, en Bretagne, où un troisième vaisseau se joint à eux. En plus des marins formant les équipages, Isaac de Razilly, lieutenant des soldats et leurs officiers, six capucins, une douzaine de familles son cousin et lieutenant, Charles de Menou, sieur d’Aulnay, Nicolas Denys, marchand de La Rochelle et agent de la Compagnie de la Nouvelle-France. Parmi ces colons y figure Michel Boudrot, célibataire. Dans un an ou deux, il était marié à Michelle Aucoin.

En septembre 1639 il vivait à Port-Royal et en tant que l’un des deux syndics (représentants de la communauté), il a été témoin du baptême du gouverneur la fille aînée d’Aulnay, Marie.

Le 20 juillet 1684 en tant que « lieutenant général civil et criminel du Port-Royal », il fait enregistrer au greffe de Claude PETITPAS une ordonnance du Roi LOUIS XIV. »

Le mariage d’Étienne avec Françoise ne pouvait qu’être bénéfique pour la famille Robichaud.

Prudent Robichaud est donc né vers 1669 à Port-Royal. Des quatre fils d’Étienne Robichaud et de Françoise Boudrot, Prudent devient l’ancêtre des Robichaud de Bas du Ruisseau Vacher de la Nouvelle-Acadie. Il épousa, en 1691, Henriette Petitpas, fille du greffier du tribunal de Port-Royal.

Cette alliance rapprochait encore plus la famille Robichaud de celles des petits fonctionnaires français de Port-Royal.

Doué d’aptitudes administratives et entraîné par l’influence de son beau-père, Prudent Robichaud exerça des charges publiques en plusieurs circonstances et se fit défenseur émérite de l’élément français en Acadie. Inquiet des démarches du gouverneur Philips (1719-1722), il fut l’un des six députés que les habitants de « Rivière du Sud » déléguèrent à M. de Saint-Ovide (i) pour protester que les Acadiens voulaient rester Français. Il fut également nommé syndic et président du conseil français à Port-Royal.

Voici un texte tiré du volume « Les stratégies de mobilité sociale des interprètes en Nouvelle-Écosse et à l’ile Royale, 1713 – 1758 » par Isabelle Ringuet

Quatre familles sont étudiées dans cette étude soit : les familles d’Entremont, Le Borgne de Bellisle, Petitpas et Robichaud et de l’importance de leur rôle d’interprète auprès des Anglais et des Amérindiens.

Je m’en tiendrai à la famille Robichaud.

Les trois premières familles sont étroitement liées au monde amérindien. En plus d’y avoir séjourné, d’avoir grandi à proximité d’un village amérindien, les hommes de ces familles ont souvent épousé des femmes amérindiennes. Les alliances matrimoniales entre ces familles sont très présentes. Elles sont aussi étroitement liées à une quatrième famille d’interprètes, les Robichaud.

Contrairement aux trois autres familles étudiées dans l’étude, la famille Robichaud n’a aucune personne d’origine amérindienne en son sein. Néanmoins, il, tout comme les autres interprètes, a grandi avec le monde amérindien.

Prudent marque très tôt sa volonté d’ascension sociale. Il utilise diverses méthodes, incluant les stratégies de progrès, pour se propulser au sommet de la hiérarchie acadienne. Il signe un serment d’allégeance en août 1695. Au cours de sa carrière, en plus d’être un interprète pour les Indiens, il a occupé plusieurs postes de confiance et d’influence au fil des ans, député britannique et collecteur d’impôts, marchand, collecteur de rentes, juge et Chef du Conseil français. Maurice Basque (ii) suggère même qu’il fut, sans conteste, le principal notable acadien de Port-Royal.

Ses relations commerciales étaient surtout concentrées sur la garnison du fort Annapolis Royal qu’il fournissait en bois de construction et en bois de chauffage une activité qui déplut à certains de ses compatriotes. Il était en quelque sorte un intermédiaire privilégié entre les habitants acadiens qui voulaient vendre leurs surplus agricoles et la garnison militaire qui en avait toujours de besoin.Grâce à son prestige, il est le porte-parole des Acadiens de Port-Royal. Lors du mariage de leur fils Louis en 1730, Prudent est chef du Conseil français d’Annapolis Royal et juge de paix.

Prudent, jouis donc d’une grande confiance auprès des Acadiens, mais aussi du gouvernement anglais par sa connaissance de la langue
.
II fait également faire à ses enfants d’avantageux mariages, qui consolident la position ascendante de la famille et lui permet de s’intégrer au milieu nobiliaire.

Prudent a eu douze enfants, dont cinq fils : Joseph, Prudent, Pierre, Louis et François et sept filles, Marie, Marguerite, Madeleine, Anne, Marie-Josèphe, Jeanne et Élisabeth.

La première de ses filles, Marie née en 1692 a épousé en deuxième mariage Jacques (Jean) Thériault, frère de Madeleine Thériault femme de François Robichaud. Quant à lui, l’aîné Joseph né en 1696 s’unit à Marie Forest. Marguerite, sa deuxième fille née en 1700 épouse le capitaine de navire Pierre Gourdeau dit Toc Pellerin. Jeanne née en 1713, entre dans la famille nombreuse des Landry par son mariage à Pierre, et François né en 1715, épouse Osite Leblanc.

Parmi les autres enfants, trois fils de Prudent et d’Henriette Petitpas ont contracté de belles alliances. Tout d’abord, une alliance est recherchée avec la famille « Bourgeois »

Prudent II né en 1696 (marchand, député des habitants d’Annapolis et interprète), Pierre et Louis épousent donc respectivement Françoise, Madeleine et Jeanne Bourgeois.

« Germain Bourgeois (père) était un homme bien en vue a Port-Royal. Il appartenait à l’une des familles “fondatrices” de l’Acadie  son père, Jacques Bourgeois, et sa mère, Jesinne Trahan, avaient été présents en Acadie depuis les années 1640. La famille “Bourgeois” était liée par mariage à plusieurs familles de Port-Royal, Beaubassin et Grand-Pré. De plus, Germain Bourgeois, tout comme Pudent Robichaud père, était marchand à Port-Royal. »

Malgré ses nombreux services, Prudent père est arrêté et exilé avec d’autres en décembre 1755 quand il avait 86 ans et mort quelque part le long de la rivière Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, en fuyant avec d’autres par voie terrestre au Québec après avoir quitté le navire Pembroke qui les transportait en exil en Caroline du Nord. (iii)

Tous ses enfants furent aussi victimes de la déportation en 1755.

À cause de la déportation, les mariages des enfants de Prudent II né en 1696 sont peu connus. Toutefois, nous savons que Dominique né en 1723, épouse Marguerite Forest en 1744, que Marguerite née en 1725, s’allie à la puissante famille Amirault par son mariage à François.

Prudent II sera déporté au Massachusetts aux États-Unis. Après la période d’exil, plusieurs membres de sa famille se fixèrent à l’Assomption et à Saint-Jacques de la Nouvelle-Acadie. Les autres, dont Armand et Jean-Baptiste, nés de son second mariage à Cécile Dugas, se sont dirigés vers Baie Sainte-Marie en Ancienne Acadie.

Pierre épousa Madeleine Bourgeois en 1724. Il décéda à Port-Royal en 1749. Sa veuve et huit enfants furent déportés à Boston. Des membres de cette famille se sont établis à Deschambault et Yamachiche au Québec.

Louis épousa Jeanne Bourgeois en 1730. Ils furent déportés à Cambridge au Massachusetts. Au retour de l’exil, ils se fixèrent à Québec où il décéda en 1780.

Maurice Basque (ii) résume les alliances matrimoniales de la famille Robichaud :

« De par leurs stratégies matrimoniales, ces Robichaud se retrouvaient maintenant parents ou alliés de familles économiquement influentes de Port-Royal, comme les Melanson et les Thibodeau, de familles seigneuriales, comme les de Saint-Étienne de la Tour et les Le Borgne de Bellisle, et de familles proches des autorités coloniales, comme les de Goutin, les Petitot et les Petitpas. »

Ainsi, du mariage d’Étienne en 1644 à celui de Dominique en 1744, un siècle d’alliances fructueuses s’écoule.

Notes :
(i) M. De Saint-Ovide de Brouillant. Arrive à l’île Royale en 1714 à titre de lieutenant de roi et à compter de la fin de 1716, il remplit la charge d’administrateur de la colonie. Il est confirmé au poste de gouverneur en avril de la même année.
(ii) Maurice Basque, Historien
(iii) Voir l’article sur la révolte du Pembrooke.»